Découverte : « Le garçon sorcière » aux Editions Kinaye
Publié : lun. 8 juin 2020 04:27

Dans la famille d’Aster, 13 ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières, tandis que les garçons sont appelés à devenir métamorphes. Toute personne qui ose violer ces règles est bannie. Malheureusement pour Aster, il n’a pas encore trouvé sa forme… et il est toujours fasciné par la sorcellerie, peu importe si c’est interdit… Lorsqu’un mystérieux danger menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut les aider… grâce à ses talents de sorcier. Il y sera encouragé par une nouvelle amie, Charlie, dépourvue de magie et anti-conformiste, qui va le convaincre d’utiliser ses talents. Et il va devoir se montrer encore plus courageux pour sauver sa famille… et trouver qui il est réellement.
(Remarque : cet article n'est pas sponsorisé. Nous avons été contacté·e·s par la maison d'édition et nous avons joué le jeu bénévolement, car cette oeuvre participe à des représentations toujours plus variées dans la fantasy.)
Non, ce n'est pas le pitch d'une nouvelle série animée, mais celui d'une BD jeunesse, Le garçon sorcière, parue au mois de janvier chez Kinaye. Mais nous ne nous éloignons pas tant que ça de l'univers des cartoons, puisque l'autrice Molly Ostertag, en plus d'être scénariste/dessinatrice de comics, a été designer pour Star vs the Forces of Evil, et est couramment scénariste pour The Owl House.

Elle nous entraîne ici dans une histoire fantastique, toute en pouvoirs magiques et en secrets familiaux, qui explore la question des genres, des rôles qui leurs sont traditionnellement attribués, et de ce qu'il en coûte de ne pas se conformer au modèle traditionnel.
En effet, la fascination d'Aster pour la sorcellerie, discipline traditionnellement féminine, et son manque d'aptitude pour la métamorphose ne manquent pas de susciter moqueries et brutalité à son égard de la part de ses cousins, incompréhension et inquiétude de la part de ses parents et des autres adultes. Toutes ses requêtes pour être admis dans le cercle des sorcières sont accueillies par des refus catégoriques, de vagues déclarations lui assurant que ça lui passera le jour où il endossera pleinement son rôle de métamorphe, et, en une occasion, par une sinistre mise en garde. Un jour, pour le décourager de poursuivre dans cette voie, sa mère lui révèle le secret familial : le frère jumeau de sa grand-mère, grand absent de l'arbre généalogique familial, a autrefois tenté de s'initier à la sorcellerie, mais n'a réussi qu'à se changer en une bête incontrôlable.

Cependant, rien de tout cela ne dissuade véritablement Aster. Contrairement à son hypothétique don de métamorphe, ses affinités pour la sorcellerie sont réelles, et vont même lui permettre de se faire une amie hors de la communauté familiale, Charlie. Émerveillée par son don, elle l'encourage à poursuivre dans la voie qui l'intéresse. Même quand la situation s'envenime, et que le danger rôde...
Si cela donne l'impression que ce livre est une allégorie pour l'expérience de la transidentité, c'est probablement parce que c'est le cas. Et le message du livre, tel qu'il est délivré par l'expérience d'Aster et par la révélation finale, est que les gens se connaissent eux-mêmes, et savent ce qui est juste pour eux. Nous ne devrions pas imposer notre vision de qui ils sont supposés être, en particulier quand il s'agit du genre et des rôles qui y sont liés.

Un traitement intelligent de questions encore peu traitées en littérature jeunesse, mis en valeur par un graphisme clair, un ensemble de personnages des plus divers, et une vraie sensibilité qui touchera tous les publics : Le Garçon Sorcière est une belle découverte
Nous avons hâte de découvrir la suite de l'histoire d’Aster dans le tome 2, La Sorcière Secrète, qui sortira en France le 3 juillet prochain. L'éditeur permettra d'en découvrir les 24 premières pages, lors du Free Comic Book Day, le 4 juillet 2020, dans les librairies participantes. L'occasion de retrouver Aster, Charlie, et de nouveaux personnages dans une nouvelle aventure fantastique, qui ne fait que commencer.
Rédaction : Aurélie Serres.